Mon intervention au congrès PS de ce dimanche

Mon intervention au Congrès de rentrée du PS : La FWB, l’émancipation et le travail

Camarades,

Notre enseignement est loin d’être un modèle d’égalité et d’émancipation. Malgré nos efforts, à cause des lourdeurs politiques et institutionnelles, il a toujours sélectionné, hiérarchisé et relégué là où il devrait aider, accompagner et soutenir. Beaucoup d’enseignant.e.s et de professeur.e.s font pourtant ce travail formidable, jour après jour mais l’ADN de notre système reste depuis toujours profondément inégalitaire.
Il ne s’agit pas seulement des élèves qui sont en difficulté scolaire et qui peinent à acquérir les savoirs de base. C’est aussi plus insidieux que cela. La logique inégalitaire et hiérarchisante de notre enseignement conduit à sélectionner les meilleurs élèves pour les amener vers les perspectives professionnelles les plus valorisées.
Pour les élèves et les étudiants les plus modestes, les plus précarisés, les plus pauvres, c’est la double peine !
Non seulement ils auront plus de difficulté dans leurs cursus, mais leur perspectives d’emploi et d’émancipation personnelle seront également plus limitées. Ce sont les statistiques notamment du Pacte pour un Enseignement d’Excellence. Mais derrière ces chiffres, ce sont des réalités concrètes et des souffrances.
Il faut pouvoir le dire, l’égalité des chances a vécu. Nous devons défendre, comme nous le faisons depuis plusieurs années, l’égalité des acquis. Nous voulons un système scolaire qui soutienne, qui permette à chacun de maitriser les savoirs de base et qui donne les clés de l’émancipation, notamment lorsqu’il s’agit de s’engager dans la vie professionnelle et de pouvoir subvenir à ses besoins voire à ceux de ses proches.
La Fédération Wallonie-Bruxelles, à travers ses différentes compétences, œuvre au quotidien pour briser ces déterminismes sociaux profondément injustes. L’école est le lieu par excellence où nous devons les combattre.

Rendre à la filière qualifiante son excellence.
J’aurais aimé commencer par notre enseignement qualifiant puisque, par définition, celui-ci forme directement le futur citoyen et le futur travailleur. Mais nous savons que la réalité est autre. Il n’y a d’excellence que la filière générale tandis que les filières qualifiantes servent, dans une part trop importante, de relégation voire même de sanction de l’échec d’un parcours scolaire.

Avec les logiques insidieuses de la concurrence entre les établissements et les réseaux, nous avons d’une part des options qui se dédoublent d’un établissement à l’autre, qui sont organisées mais trop peu fréquentées. Et d’autre part des options qui attirent beaucoup d’élèves mais qui ne conduisent pas à des métiers en demande. Pour beaucoup d’élèves, c’est l’impasse ! Et nous en arrivons à ce paradoxe où la majorité des élèves formés dans une filière particulière du qualifiant n’exerce pas le métier pour lequel ils ont été pourtant formés !
Nous devons donc réviser l’offre d’options dans le qualifiant mais aussi toute la structure en allant vers une fusion du technique et du professionnel, avec un meilleur pilotage.
Néanmoins, si l’apprentissage du métier est une part importante de l’enseignement qualifiant, il ne faut pas négliger non plus la formation de base que ce Gouvernement, avec nos ministres socialistes, a commencé à renforcer. Elle est essentielle pour permettre l’émancipation tant dans la vie personnelle que dans la vie professionnelle.
C’est une préoccupation qui demeure centrale avec le développement de plus en plus important de l’enseignement en Alternance. La rencontre entre le monde de l’enseignement, celui de l’entreprise et bien évidemment aussi celui de la formation est une richesse dont il nous faut tirer profit.

Dans l’enseignement supérieur, nous sommes très attentifs à la nécessité de former des acteurs qui pourront, demain, s’insérer pleinement dans un marché de l’emploi toujours plus complexe et concurrentiel.
Un marché exigeant dans lequel l’innovation, la technologie, le numérique, l’écologie, sont amenés à coexister avec des compétences transversales indispensables à l’exercice d’un métier.

En tant que socialistes, nous défendons un enseignement qui permet aux citoyens de questionner la société, de leur donner les clés pour proposer des nouveaux modes de production, pour faire vivre un nouveau modèle économique, respectueux des ressources écologiques et des travailleurs

C’est là tout l’enjeu d’un enseignement qui doit non seulement former à l’acquisition de connaissances, mais également transmettre l’envie permanente de les dépasser et développer des « soft skills » indispensables telles que la gestion de tâches parallèles, la résolution de problèmes complexes, la pensée critique face au modèle économique actuel, le renforcement de la démocratie économique, ou encore la souplesse cognitive et les capacités de négociation. Ces compétences ne sont pas le propre des fonctions liées au leadership ; elles sont aujourd’hui, dans le monde du travail que nous connaissons, des conditions essentielles d’interaction, de performance et de satisfaction.

Ainsi, au niveau de l’enseignement supérieur, de nouvelles habilitations et de nouveaux masters émergent en lien direct avec l’identification de nouveaux besoins. Organisés en collaboration entre plusieurs établissements ou en codiplômation, impliquant des universités, hautes écoles et écoles supérieures des arts, il s’agit, entre autres, de ces finalités :

master en sciences des données pour ce qui concerne les technologies de l’information et les statistiques, présentant une utilité directe en lien avec la révolution numérique pour de nombreux secteurs dont la recherche et les hôpitaux ;
master en Management de l’innovation et de la conception des aliments pour former des professionnels sensibilisés à l’évolution des demandes sociétales afin de concevoir les aliments de demain ;
master interuniversitaire en Agroécologie pour accompagner la transition agro-alimentaire dans une perspective durable
spécialisation interdisciplinaire en radiothérapie, dont on peut comprendre l’utilité face à l’explosion du nombre de patients cancéreux ;
master en ingénierie de la prévention et de la gestion des conflits, ici aussi nous pouvons saisir aisément la nécessité de disposer de professionnels formés à cet effet dans les organisations ;
mais aussi bachelier en coaching sportif, master en cybersécurité, plus récemment encore le master en genre fruit d’un travail de collaboration entre les Ministres Marcourt et Simonis.

Numérique, développement durable, sécurité, cybercriminalité, robotique, autant de problématiques concrètes qui nécessitent des professionnels formés rigoureusement à cet effet. Vous l’aurez compris, nous nous y attelons ardemment en fédération Wallonie-Bruxelles.

Par ailleurs, l’alternance est véritablement devenue une modalité de formation porteuse. Par le décret consacrant l’alternance dans l’enseignement supérieur, nous avons clairement donné corps à deux volontés fortes inscrites par les socialistes dans la déclaration de politique communautaire : (1) veiller à ce que l’enseignement supérieur continue à participer à la relance économique et à doter nos jeunes des qualifications nécessaires pour intégrer le marché de l’emploi, en partenariat avec tous les acteurs concernés et (2) encourager l’accès aux études supérieures à tout âge, développer des formules en alternance pour les travailleurs et les demandeurs d’emploi. L’initiative a été soutenue par les principales fédérations d’entreprises en FWB (Agoria, Fédération des entreprises de l’industrie technologique, Confédération de la Construction wallonne, entre autres) qui y voient une véritable opportunité pour faciliter la transition entre études et vie professionnelle en donnant aux étudiants une première expérience professionnelle leur permettant d’élargir leurs compétences au niveau technique mais aussi en « soft skills ».

Dans l’enseignement de promotion sociale, de nombreuses conventions ont été conclues avec les secteurs professionnels. L’offre de formation évolue en adéquation avec les besoins observés sur le terrain, de manière à former des personnes, de tout âge et de toute condition, et à les amener à décrocher le diplôme qui leur permettra de trouver un emploi, de compléter leur bagage ou de réorienter leur carrière professionnelle. L’enseignement à distance connait lui aussi une révolution, grâce à l’e-learning qui en fait un outil plus dynamique et interactif au service des apprentissages.

A tous les niveaux d’enseignement, se marque aussi le souci de proposer un enseignement véritablement inclusif. Permettre à chacun d’accéder à l’enseignement selon ses besoins spécifiques, instaurer des référents pour accompagner les étudiants au quotidien, envisager les aménagements utiles pour dépasser les freins physiques mais aussi sociaux et culturels, cela représente aussi la manière dont nous concevons, nous socialistes, la démocratisation des études et l’accessibilité de l’enseignement. Nous ne voulons pas d’un enseignement pour quelques-uns ; nous voulons d’un enseignement de qualité pour tous !

La FWB est l’acteur de premier plan pour permettre à nos jeunes d’avoir les outils de leur émancipation :
Ce sont plus de 120.000 enseignants, et personnels des Hautes écoles et universités, sans compter 15.000 dans la fonction publique et 17.000 dans le non marchand.
Et la FWB a renforcé ses cadres pour remplir au mieux ses missions (1.100 postes d’instituteurs, 450 postes d’aides aux directions)

Conclusions :
Même si le fait de travailler n’est pas un élément suffisant pour échapper à la précarité, l’accès à un travail de qualité reste important pour lutter contre la pauvreté. Cela demande la mise en œuvre de politiques fortes, et nous y sommes très sensibles en Fédération Wallonie-Bruxelles. Parmi ces politiques, l’enseignement détient une place prépondérante.

Mais choisir un métier, entreprendre des études, s’imaginer chef de chantier, menuisier ou dentiste, cela nécessite de dépasser l’auto-censure enfermante dans laquelle, trop souvent, de nombreux jeunes se placent. Combien de jeunes pris au piège de conceptions telles que « les études, ce n’est pas pour moi » ? L’école doit pouvoir répondre à tous les jeunes, y compris à ceux qui souhaitent faire le choix positif d’une filière qualifiante.

Nous devons préparer les étudiants et les élèves aux réalités à venir. Notre enseignement doit être réactif et prospectif. Il doit préfigurer la société et les métiers de demain. L’exemple qui s’impose c’est bien évidemment le numérique qui est dès aujourd’hui un axe de développement essentiel. Le mouvement doit encore s’amplifier. Il faudra l’accompagner et le soutenir.

Contre les funestes déterminismes sociaux, notre combat sera toujours pour l’égalité et pour l’émancipation de tous.

Retrouvez les photos ici

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *