Réponse à une question écrite sur la surmédication en psychotropes des personnes âgées en maison de repos

Réponse de Monsieur le Ministre Maxime Prevot, Ministre des Travaux publics, de la Santé, de l’Action sociale et du Patrimoine

Question :

La presse a relayé en ce mois de mars les résultats d’une analyse livrée par Familia qui notent que les plus de 75 ans reçoivent trop de pilules en maison de repos parfois jusqu’à 22 médicaments par jour.

Dans sa réponse de mars 2016 à ma question concernant la consommation excessive de psychotropes dans les maisons de repos Monsieur le Ministre constatait qu’il n’y avait aucune raison d’avoir plus besoin d’antidépresseurs, d’antipsychotiques ou de tranquillisants à l’âge avancé.

Il affirmait que cette pratique ne résolvait pas vraiment la difficulté, mais en plus elle pouvait faire prendre des risques à la personne : risque de chute, risque de désorientation accrue, de dénutrition.

Selon Monsieur le Ministre, les mesures mises en place en matière de politique de qualité dans l’accueil et l’accompagnement des résidents visant l’amélioration du bien-être des résidents, doivent avoir vocation à faire diminuer la consommation de médicaments psychotropes ou antidépresseurs.

Aussi peut-il me préciser l’état d’avancement de ces mesures telles que le projet de vie ?

Il signalait la présence de référents accueil dans 64 % des maisons de repos, ce pourcentage a-t-il évolué ?

Quels sont les critères de formations et d’expériences de ces personnes assurant cette fonction ?

Quel est précisément le rôle déterminant attendu par ces référents ?

Réponse :

Je tiens au préalable à informer que ma position relative à la consommation excessive de psychotropes au sein de la population qui nous intéresse reste la même.

La réflexion relative à cette problématique doit, pour ma part, être réfléchie en première ligne par les médecins en charge de ces prescriptions et par les pharmaciens qui, selon l’Association Pharmaceutique Belge, ont pour mission fondamentale « d’informer et de conseiller leurs patients et ce, afin de promouvoir un usage correct et rationnel des médicaments et autres produits de santé, mais aussi de les encourager à adopter un mode de vie sain. Les soins pharmaceutiques favorisent un usage sûr et efficace des médicaments. Ils ont donc aussi pour fonction de prévenir et résoudre tout problème lié à la prise de médicaments tels que des interactions, une double médication ou une mauvaise observance thérapeutique. Pour ce faire, le dossier pharmaceutique constitue un outil indispensable ».

L’honorable membre a raison, et je la remercie d’avoir remis cette question sur le métier, lorsqu’elle dit que les politiques de qualité dans l’accueil et l’accompagnement des résidents doivent avoir vocation à faire diminuer la consommation de médicaments psychotropes ou antidépresseurs. Incontestablement, le projet de vie de l’institution reste l’outil essentiel pour viser la qualité de prise en charge des résidents hébergés au sein de ces structures.

Pour rappel, le projet de vie de l’établissement est une norme obligatoire à l’obtention du titre de fonctionnement (articles 334 et 359 du CWASS – annexe 120 du CRWASS). Il se définit comme étant « l’ensemble des actions et des mesures destinées à assurer l’intégration sociale et la qualité de vie des résidents, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’établissement ».

Ce projet institutionnel doit être réfléchi avec et par l’ensemble des acteurs de la maison de repos. Il doit être mis en pratique tous les jours et comprendre au moins les dispositions relatives à l’accueil des résidents, à leur séjour, à l’organisation du travail en équipe (équipes qui définissent des objectifs opérationnels dans leur pratique quotidienne, ainsi que des indicateurs permettant de les évaluer), à l’organisation des soins et des services d’hôtellerie et à la participation des résidents à la vie de la maison de repos.

Or, et comme cela a déjà été mentionné dans de précédents travaux parlementaires, il appert qu’au sein de beaucoup de maisons de repos, le projet de vie institutionnel reste un simple « papier » nécessaire à l’octroi d’un titre de fonctionnement. Il y est souvent fait mention de grands principes d’accompagnement des personnes âgées (favoriser l’autonomie des résidents, être attentif aux attentes et besoins de chacun, respecter la personne, empowerment…) ; principes qui, bien que louables, restent néanmoins difficilement évaluables au quotidien.

Dans ce contexte, la Direction des Aînés de l’AViQ émet l’hypothèse que la difficulté pour la majorité des professionnels du secteur est de transformer ces finalités précitées en objectifs opérationnels et mesurables, desquels devront découler des actions ciblées et pertinentes.

La Direction précitée souhaite dès lors aider les professionnels du secteur à intégrer dans le management actuel des maisons de repos et des maisons de repos et de soins, la notion d’évaluation interne et de démarche d’amélioration continue afin d’augmenter la qualité de la prise en charge et ce, dans tous les volets de l’accompagnement des résidents. Cette volonté aura comme plus-value, au niveau micro, d’amener à une prise en charge optimale de la personne âgée en lien avec son projet de vie personnel.

Pour ce faire, cette équipe travaille actuellement à la création d’un outil/support évaluant la mise en place d’une démarche d’amélioration continue au travers des objectifs du projet de vie institutionnel et des projets de vie individuels. Je soutiens évidemment cette démarche tout en étant conscient des contraintes de ressources au sein de cette Direction.

À la question de l’augmentation (ou non) du nombre de « référents accueil » ensuite, je ne dispose pas de nouvelles données chiffrées à transmettre dans la mesure où les chiffres qu’elle mentionne ont été mis en évidence dans le dernier rapport bisannuel des établissements d’hébergement et d’accueil pour les personnes âgées en Wallonie, à savoir 53 % dans le secteur public, 60 % dans l’associatif et 70 % dans le privé commercial.

Quant à d’éventuels critères de formation et/ou d’expériences, il n’y a pas d’obligations légales relatives à l’exercice de cette fonction. Néanmoins le processus d’accueil fait partie des points sur lesquels une réflexion est menée actuellement par la Direction des Aînés. Concrètement, une évaluation de ce processus est réfléchie au sein de l’agence avec comme fil conducteur les quatre étapes essentielles pour une prise en charge optimale des aînés ; elle est modélisée par la roue de Deming.

Les quatre étapes stipulées sont ;

1/ Planifier – c’est-à-dire transformer les valeurs du projet de vie institutionnel en objectifs SMART – par exemple :
– recueillir les attentes de chaque résident ;
– évaluer les besoins individuels de chaque résident ;
– faire le point sur le traitement médicamenteux du résident – collaboration entre médecins traitants et l’équipe de l’établissement ;
– élaborer, en équipe pluridisciplinaire, un projet individuel en fonction des besoins évalués et des attentes recueillies ;
– recueillir l’avis de la personne (et/ou son représentant légal) sur les actions proposées du projet personnalisé et sur leur mise en œuvre.

2/ Faire = mettre en œuvre = transformer les objectifs en actions.

3/ Vérifier = Vérifier que le plan d’action a bien été mis en œuvre et vérifier que les résultats obtenus sont cohérents avec les objectifs initiaux fixés.

4/Agir = Ajuster
– si les résultats sont conformes aux objectifs fixés, formaliser et généraliser ce qui a été fait ; – si les résultats sont non satisfaisants, mettre en œuvre des actions curatives ou correctives.
Cette démarche va, je l’espère, permettre aux acteurs de l’institution de se poser et de s’interroger sur ce qui est mis concrètement en place sur le terrain, et ce, afin de favoriser une meilleure prise en charge des résidents d’une part, mais également un sentiment de bien-être au travail pour le personnel d’autre part.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *