Les travailleurs étaient 50.000 dans la rue à Bruxelles le 15 mai dernier, 150.000 à Madrid, 100.000 à Berlin et 30.000 à Prague, pour rappeler au monde politique que ceux qui ont des problèmes, ce ne sont pas les banques sauvées à grands coups de milliards, ce ne sont pas les actionnaires qui s’en sortiront quoi qu’il arrive. Ce sont eux, les travailleurs qui n’ont que leur travail comme gagne pain. Ce sont eux qui ont peur pour leur avenir et celui de leurs enfants.
Un cri d’angoisse et de colère
Cet immense cri d’angoisse du monde du travail n’a reçu aucun écho du monde politique. C’était une manifestation réussie… Sans plus. Elle est reléguée dans le débat politique au même plan que la Zinneke Parade ou qu’un quelconque cortège carnavalesque bruyant et coloré….
Le secteur automobile connaît de très graves difficultés dans le Nord du Pays. On a mis sous cocon les dernières lignes à chaud dans la sidérurgie wallonne. Le chômage économique a doublé en un an. Les difficultés des ménages se font sentir dans les rayons des magasins. Des dizaines de milliers de travailleurs risquent de se retrouver sans emploi. Comme tous les chômeurs, ils auront le plus grand mal à retrouver un emploi stable et devront subir le harcèlement scandaleux du contrôle de « disponibilité » au lieu d’un véritable accompagnement. Et malgré tout cela les travailleurs ne reçoivent en retour du monde politique de droite que des marques d’indifférence. Leur angoisse devient colère.
Où sont les idées ?
Nous sommes pourtant en période électorale ! C’est le moment privilégié du débat politique, des choix de société. Les partis devraient proposer leurs solutions à la crise de l’emploi, à l’aggravation des inégalités. Défendre leurs idées sur les moyens de réguler le monde de la finance. Dire comment ils entendent empêcher de nouvelles crises. Dire simplement ce qu’ils comptent faire pour limiter les dégâts. Expliquer aux citoyens quels sont les choix qui s’offrent à eux pour leur bien et dans l’intérêt général.
Les gens attendent de l’Europe qu’elle mette un stop à la libéralisation et aux privatisations. Que l’on cesse la politique du tout au fric et que l’on s’occupe enfin des citoyens. Ils demandent des salaires honnêtes, un meilleur contrôle de l’économie par l’Etat, une bonne protection sociale, des services publics de qualité qui ont le mérite de placer tous les citoyens sur pied d’égalité… Un enseignement de qualité, expurgé de toute violence et adapté aux défis de demain. Ils attendent une véritable politique de relance économique qui allie croissance, emploi, mobilité et protection de l’environnement.
De la boue
Or, la campagne qui devait être le printemps des idées, s’enlise dans la boue des règlements de compte et des coups en dessous de la ceinture. Une seule chose compte : abattre l’adversaire. Lui grappiller des voix. Tous les moyens sont bons. Et cela vaut aussi bien dans le Nord que dans le Sud du pays. C’est tantôt le populiste De Decker qui envoie un détective privé espionner un ministre OpenVLD, tantôt l’OpenVLD qui tente de débaucher un élu de la Liste De Decker en lui promettant un salaire, tantôt le démagogue Reynders qui surfe sur la vague des scandales touchant certains élus du Parti socialiste, en faisant ainsi l’impasse sur la déroute du libéralisme. Ce sont les mêmes techniques. C’est le même degré zéro du débat idéologique. La politique à la petite semaine. Pour ne pas dire politique de la terre brûlée car tout ça ne peut avoir comme conséquence que de discréditer toute la classe politique et pas seulement les brebis galleuses.
Cela ne signifie pas que nous évacuons le débat éthique. Lorsqu’on accepte des responsabilités politiques, l’intérêt général doit primer avant tout. Il faut être d’une probité à toutes épreuves. A l’abri de tout soupçon. Les écarts qui ont été dénoncés dans le chef de certains responsables doivent être condamnés sans appel.
L’intérêt général contre l’égoïsme
Mais l’éthique et la « bonne gouvernance » ne se limitent pas à l’indispensable honnêteté liée à la fonction politique. L’éthique et la « bonne gouvernance » c’est aussi savoir distinguer ; ce qui va dans le sens du progrès, de l’intérêt général, de ce qui va dans le sens de la régression sociale et de l’égoïsme. Or la société dans laquelle nous vivons ne va pas dans la bonne direction. Les inégalités de revenu augmentent : 30% des Belges détiennent 70% de la richesse du pays. La fraude fiscale est estimée à 30 milliards par an et on ne fait rien. Ceux qui ne veulent rien y changer ou veulent laisser croître les inégalités, ne sont pas dignes de gouverner.
Les partis d’extrême droite qui pensent pouvoir construire une société sur la haine de la différence et le repli nationaliste dans un monde globalisé, ne méritent que mépris.
Les partis libéraux, qui trouvent normal que les riches soient plus riches et que les autres se débrouillent, ne méritent pas notre confiance.
Alors que reste-t-il ? Pour nous les seuls « progressistes » sont ceux qui veulent changer le monde, placer l’intérêt général au dessus des intérêts particuliers, et qui cherchent à mieux répartir les richesses produites.
Il y a plusieurs partis qui peuvent se prévaloir d’être parmi ces progressistes. De vouloir le changement, d’être de gauche. De défendre les travailleurs. Mais nous sommes bien forcés de constater que parmi ceux qui ont exercé le pouvoir jusqu’à présent, à quelque niveau que ce soit, l’Europe, le fédéral, les Régions, c’est dans les partis socialistes que nous avons été entendus et le mieux défendus. Sans les socialistes – et sans le mouvement syndical pour les appuyer - il ne resterait pas grand-chose de la sécurité sociale. Et c’est chaque fois contre les libéraux qu’il a fallu mener ces batailles.
En conclusion, nous n’avons pas l’intention de tenir la main des électeurs dans l’isoloir, mais nous leur demandons simplement de ne pas se tromper de cible, de bien réfléchir à leur choix et de choisir leur intérêt et pas celui des valets du capitalisme qui nous a précipité dans la crise et nous y laisse patauger dans l’indifférence.
Pour le Secrétariat fédéral et les directions des Centrales professionnelles : Rudy De Leeuw, Anne Demelenne, Daniel Van Daele, Eddy Van Lancker, Caroline Copers, Thierry Bodson, Philippe Van Muylder. Erwin De Deyn, Myriam Delmée, Alain Clauwaert, Jacques Michiels, Dominique Meyfroot, Ivan Victor, Alain Determmerman, Tangui Cornu.