Mon collègue Marc Verwilghen prétendait ce week-end dans la presse flamande qu’il est nécessaire de “supprimer complètement le Sénat” et de passer à un système unicaméral. Selon lui, qu’un ministre doive commenter un même projet de loi devant chacune des deux assemblées apparaît comme une “perte de temps”. Je ne peux m’empêcher de me demander : perte de temps pour qui ? Pour les parlementaires ? Pour le ministre ? Pour la démocratie ? Pour les citoyens ?
Laisser supposer que le travail législatif bicaméral entrave la gestion du pays par une prétendue lenteur, c’est expliquer le système avec beaucoup de simplisme, voire caricaturalement. Le travail législatif est un travail précis, compliqué et laborieux : on ne résout pas des problèmes complexes “en deux coups de cuiller à pot”.
Et moi, est-ce que je suis en train de perdre mon temps, ou de le faire perdre aux autres ? Quel est mon rôle de sénatrice ? “Qu’est-ce que je peux bien faire de mes journées ?”
Le rôle du Sénat, en parallèle avec la Chambre, est l’élaboration des lois et le contrôle du gouvernement (ce contrôle du gouvernement est un des fondements de la démocratie parlementaire). D’autres tâches sont propres au Sénat : ce sont les sénateurs qui étudient les grands problèmes de société, en rencontrant et auditionnant de nombreux experts et spécialistes, de tous horizons et dans de nombreux domaines. C’est le Sénat qui examine en priorité les matières relatives aux traités internationaux. C’est cette assemblée qui débat, de façon approfondie, de la politique inte
rnationale.
Grâce au rôle des sénateurs de communauté, le Sénat est conçu comme le lieu de rencontre privilégié des entités fédérées. C’est en son sein que les conflits d’intérêts sont discutés et résolus. Supprimer cette entité, ce serait couper brutalement un pont de plus entre les communautés, quand l’heure doit être plus que jamais au dialogue et à la concertation. Ceci n’empêche qu’une évolution du rôle du Sénat qui renforcerait cette dimension de ciment entre les communautés ne pourrait être que positive.
Ainsi… travailler à l’élaboration d’une loi, siéger en commission et réfléchir à tous les détails d’un texte, à tous les points et problèmes envisageables, questionner un ministre afin d’obtenir des précisions et des explications, rencontrer les acteurs de la société, tenir compte de leurs analyses et synthétiser celles-ci, suivre l’actualité immédiate tout en réfléchissant à des questions de fond : non, vraiment, je n’ai pas l’impression de “perdre mon temps”, ni de le faire perdre à d’autres !