18 septembre 2007
“Un vieux qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle” - Dicton africain
Hier à Lille, au cours d’un congrès sur l’innovation en matière d’accueil pour les personnes âgées ((Age3), une participante d’origine africaine faisait la réflexion suivante : “chez nous les personnes âgées sont des sages, leur expérience est essentielle et ils sont respectés et utiles”.
Cela m’a frappée car j’ai deux amies, deux femmes dynamiques et très investies dans leur vie sociale qui sombrent dans la dépression tant elles sont angoissées à l’idée d’être bientôt à la retraite. Je les comprends car ne plus travailler c’est aussi ne plus exister, ne plus être invitée dans les réseaux que l’on fréquentait, être rayée des listes d’invitation de toutes les occasions de rencontres liées au métier, ne plus se sentir utile et quel qu’ait été le statut qui était le nôtre avant le moment fatidique, “retraité” constitue un terme générique et égalitaire qui, d’une certaine manière, authentifie l’exclusion … mis sur le côté, dans sa retraite. Brr … ça fait froid dans le dos !
Les valeurs de notre société accordent une telle importance au statut, chacun se situant par rapport à son activité professionnelle, ce n’est pas ce que nous sommes (nos qualités individuelles intrinsèques) qui importent mais ce que nous faisons, comment nous gagnons notre vie, en fait, de quels moyens nous disposons pour nous positionner en tant que consommateur !
Il n est donc pas étonnant que le regard que la société porte sur le vieillissement soit aussi dévalorisant, aussi excluant et cela me fait tout autant peur lorsque l’on me dit qu’il faut trouver de quoi s’occuper, demeurer actif pour être reconnu lorsque le travail ne remplit plus ce rôle car j’aimerais tant que “être” se suffise en soi et qu’à un âge où l’on n’a plus rien à se prouver ni aux autres l’on puisse enfin être soi sans complexes, tout simplement.
