Ce vendredi 14 septembre, j’ai participé au salon professionnel “-ge 3″. Ce salon des structures, services d’accueil et hébergement des personnes âgées dépendantes se déroulait à Lille où les acteurs belges et français du secteur ont largement débattu sur la thématique de “L’innovation”. J’ai pris la parole (voir discours ci-dessous) aux côtés de Valérie LETARD, Secrétaire d’Etat française à la Solidarité, devant un parterre de professionnels du secteur. C’est toujours pour moi très enrichissant d’échanger mes points de vue avec nos amis français. Je ne peux que me réjouir de la qualité des débats dont je ne manquerai pas de vous tenir informés.

-ge Puissance 3, Lille Grand Palais, 14 septembre 2007.
Mesdames, Messieurs,
Avant d?aborder les questions plus spécifiques liées aux évolutions de la prise en compte des besoins des personnes âgées en Région Wallonne, permettez-moi d?attirer votre attention sur quelques données chiffrées :
En Belgique aujourd?hui la pension de retraite moyenne des femmes est de 648?, pour les hommes, elle atteint 833?? alors que le seuil de pauvreté se situe autour de 8OO?. Force est de constater que les femmes disposent en moyenne pour vivre de revenus qui se situent en dessous du seuil de pauvreté.
C?est un élément essentiel de la réflexion car quelle que soit la qualité de la prise en charge des besoins que nous organiserons, encore faut-il qu?elle soit accessible !
D?autre part, 98,3% des aides familiales sont des femmes, 88% des infirmiers sont des femmes et 99% des plombiers sont des hommes. Sans caricaturer outre mesure, il est claire qu?une grande partie de l?emploi féminin se concentre dans le secteur des services, qu?il bénéficie de salaires généralement peu attractifs et de contrats à temps partiel? en conséquence de quoi (à cela s?ajoutent les carrières incomplètes) les retraites des femmes sont très modestes et les placent dans les catégories les plus pauvres de la société.
D?un point de vue plus macro-économique, le Comité d?étude sur le vieillissement du Conseil Supérieur des Finances dans son rapport de 2007 sur les perspectives d?évolution du coût du vieillissement d?ici 2050 indique :
? qu?entre 2006 et 2030, c?est 4,4% du PIB qui devrait être consacré à la politique du vieillissement pour répondre aux besoins
? ce rapport passe à 6,2% à l?horizon 20050
En tenant compte d?un taux de croissance annuel de 1,75% par an (hypothèse moyenne) et d?un taux de chômage structurel de 8%.
L?on est loin ici des hypothèses alarmistes qui circulent en affirmant que l?Etat sera en incapacité de prendre en charge les évolutions en matière de soins de santé et de prise en charge.
D?autant plus que « dans un scénario alternatif, les années supplémentaires de vie s?accompagnent d?un gain de durée de vie et de bonne santé. La moitié des années de vie supplémentaires se passe en bonne santé. Cette hypothèse a pour conséquence que la probabilité de recours aux soins se réduit quelque peu dans l?ensemble des classes d?âge. Les dépenses de soins de longue durée sont estimées dans le scénario de base de 2% du PIB en 2050, à 1,9% dans le scénario alternatif » (Page 19 du rapport cité précédemment).
Quoi qu?il en soit, quelle image notre société développe t?elle de ses aînés ? Quelles sont les conséquences de ce regard sur les personnes âgées elles-mêmes et finalement, quelle responsabilité les pouvoirs publics exercent-ils en matière de transmission de cette vision. Etre âgé aujourd?hui, c?est vivre quotidiennement comme une charge, un poids pour la société, un ou une « inutile », quelqu?un qui dérange, que l?on préfère éloigner de notre vue dans sa maison de repos. Cette image, lourde et dérangeante crée un sentiment d?exclusion. Les valeurs de notre société prônent tellement la jeunesse (éternelle de préférence), la performance que les aînés ne s?y retrouvent pas. En conséquence, les dépressions nerveuses sont très nombreuses et vont parfois jusqu?au suicide dont les chiffres sont plus qu?inquiétant.
Changer le point de vue, donner une image positive du vieillissement constitue aussi un défi et obligation éthique pour les pouvoirs publics.
Notre société est malade de ses vieux et la maladie des aînés, c?est avant tout la négation de leur statut d?adulte. Un adulte reste un adulte tout au long de sa vie, quel que soit son état mental et il doit pouvoir effectuer lui-même les choix qui le concernent, que ce soit son lieu de vie, ses orientations sexuelles et son partenaire (jusqu?au dernier jour de notre vie chacun de nous est sexué et personne ne redevient un enfant, parfois, la dégradation de la santé mentale vient augmenter la dépendance mais nous sommes toujours des adultes !). Vous l?aurez compris, selon moi, la question liée au vieillissement de la population nécessite des réponses collectives dont nous devons TOUS être conscients.
La mise en place d?un parcours du vieillissement doit impérativement tenir compte de cet élément, que ce soit au domicile, en accueil de jour ou en court séjour dans une maison de repos et de soins, en résidence service ou en accueil résidentiel, chaque étape doit rester un choix et de ne pas être imposée de l?extérieur. La garantie de ce choix est la conséquence d?une offre large, accessible financièrement et de proximité.
Distinguer « placer » et « entrer » en maison de repos. Se placer dans la dynamique de l?« entrée » en maison de repos consiste à impliquer au maximum la personne âgée, parce qu?elle en est la principale intéressée. Selon moi, une des réflexions qui devrait être menée est de mettre en place des articulations entre les services d?aide à domicile et les maisons de repos pour mieux préparer ce passage encore trop souvent ressenti de manière douloureuse.
L?adulte vieillissant éprouve les mêmes besoins tout au long de sa vie ; les évolutions de sa dépendance aux autres constituent le c?ur de l?accompagnement nécessaire, vieillir est un processus naturel, cela n?est pas une maladie. Nos institutions d?hébergement doivent donc se distinguer très clairement d?institutions hospitalières, elles doivent être des lieux de vie, de convivialité, d?échanges et de développement personnel? loin des « hospices » du passé. Les évolutions récentes en matière d?éthique et de respect du droit des individus ne sont pas sans conséquences sur nos pratiques, le mariage des personnes de même sexe, la multiculturalité doivent donc modifier nos pratiques au sein des institutions d?accueil et d?hébergement.
La Région Wallonne vient de prendre une série de mesures qui vont dans ce sens, que je souhaite brièvement mettre en valeur :
? L?implantation, dans les Maisons de repos et Maisons de repos et de soins, de normes qualité dont l?objectif est de visibiliser les effort consentis en matière d?accueil, d?accompagnement et d?encouragement à l?autonomie ainsi qu?une attention accrue à la qualité de la nourriture.
? La mise en lumière du concept de bientraitance et la lutte contre son contraire, la maltraitance font l?objet d?un travail législatif intéressant. Une personne âgée sur 2 se ressent victime de maltraitance (dans 30% des cas, il s?agit de maltraitances financières), le plus souvent l?auteur est un proche et les faits se produisent au domicile de la personne âgées. La retraite de la personne constitue aussi souvent le revenu de base du noyau familial constitué avec les enfants et parfois même les petits-enfants.
Dans nos sociétés occidentales évoluées, il est clair que la place des aînés mérite une réflexion de fonds et que les moyens publics doivent être orientés pour permettre à chacun d?accéder à une vieillesse digne et respectueuse de son choix. Il s’agit, dès lors, de mettre l’excellence au service de nos aînés !
Les dispositifs d?aide, de soins et de séjour viennent compléter notre système de sécurité sociale afin de rencontrer des besoins matériels. Mais il importe également de réunir les conditions optimales d?une vie épanouissante au cours de la retraite. Aujourd?hui, la plupart des maisons de repos ne sont plus des endroits clos mais bien des espaces de vie ouverts où la vieillesse est un moment permettant l?éclosion de potentialités nouvelles pour les personnes âgées qui y sont hébergées.
L?amélioration des conditions de vie des aînés implique avant tout d?accepter comme postulat de départ le fait que les souhaits et les désirs de ces derniers puissent, dans la plus grande mesure possible, être satisfaits. Et s?il est bien un souhait exprimé par la majorité des aînés, c?est celui de continuer à pouvoir « croquer la vie à pleine dent » ! En restant actifs, en participant à la vie sociale, en conservant leur autonomie, en gardant l?amour de leurs proches,?
Dans ces conditions, les choix politiques pour les décennies à venir devront, sans aucun doute, répondre à ces différents souhaits : ils sont légitimes, j?ajouterais même qu?ils leur sont dus !
Je vous remercie.